
Johanna Senfter
Rare1879–1961 · allemande · Post-romantique
Présentation
Johanna Senfter incarne, dans le sillage de Max Reger dont elle fut l'élève la plus fidèle, une tradition de musique de chambre allemande que le XXe siècle s'est étrangement empressé d'oublier. Redécouvrir aujourd'hui son nom, c'est mesurer l'ampleur du travail qui reste à mener pour rendre justice à ces figures patiemment effacées de l'histoire, et découvrir par la même occasion une plume d'une cohérence remarquable.
Née en 1879 à Oppenheim am Rhein dans une famille cultivée, elle étudie d'abord à Francfort au Hoch'sches Konservatorium, berceau de la tradition germanique de l'après-Brahms, où Iwan Knorr et Bernhard Sekles comptent parmi ses maîtres. C'est à Leipzig, entre 1908 et 1910, qu'elle rencontre celui qui marquera sa vie : Max Reger, qui la distingue rapidement comme son élève préférée — le mot est de lui. Elle sort de cette formation armée d'un métier polyphonique rigoureux, d'un goût prononcé pour les formes étendues de la sonate et du quatuor, et d'une conception presque religieuse du travail de composition. Pacifiste convaincue, proche plus tard de la Société religieuse des Amis, elle refuse l'éclat des grands centres pour passer l'essentiel de sa vie dans sa ville natale, où elle écrit à l'écart des chapelles avant-gardistes.
Son catalogue considérable — une centaine d'opus — témoigne d'une fidélité lucide à l'héritage regerien : polyphonie dense, chromatisme harmonique hérité de Brahms, sens du grand développement thématique, mais traversée par une sensibilité lyrique qui lui appartient en propre. Les neuf Symphonies, les sonates pour divers instruments, les très beaux quatuors, les pages chorales et les lieder forment un corpus dont on découvre aujourd'hui, concert après concert, la tenue remarquable. Rien de passéiste dans cette écriture : plutôt la revendication paisible d'une modernité du métier — celle qu'une Germaine Tailleferre ou une Ruth Crawford Seeger, à leur manière, porteront également.
C'est à cette redécouverte patiente et exemplaire que Crescendo Magazine a voulu rendre hommage en décernant à l'album Chamber Music de l'Else Ensemble, paru chez CPO, le tout premier Millésime Matrimoine musical en 2024. Une parution fondatrice, à placer au cœur de toute exploration du Matrimoine, qui révèle une chambriste d'une intelligence et d'une tendresse inattendues. Pour continuer : ses trios et ses sonates pour violoncelle, qu'une nouvelle génération d'interprètes commence enfin à porter au concert.
Notice éditoriale générée par Claude et relue par la rédaction Crescendo.
Distinguée au Matrimoine Crescendo en 2024.
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